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Des brebis pour désherber les vignes du Jardin d'Edouard
Opérations manuelles sur la vigne au Jardin d’Edouard 960 640 Jardin d'Edouard

Opérations manuelles sur la vigne au Jardin d’Edouard

La philosophie du Jardin d’Edouard est de limiter les interventions brutales (désherbant chimique, utilisation de machines, …) dans la vigne. Cet article vous donne un aperçu des opérations faites « à la main » dans le vignoble.

Les stades phénologiques de la vigne : le cycle végétatif

Les phases de croissance de la vigne rythment les tâches du viticulteur. De l’hiver aux vendanges, le vignoble évolue au fil des saisons. A chaque stade correspond au moins une activité viticole qui doit être réalisée au bon moment : ni trop tôt, ni trop tard.
Pour cette raison le calendrier des activités se définit d’après les  » stades phénologiques « , et non avec des dates fixes qui vont varier selon les millésimes, les cépages et les régions.

Les interventions « à la main » dans les vignes

Les activités viticoles occupent le vigneron tout au long de l’année. Elles doivent répondent à plusieurs objectifs agronomiques :

  • contenir la croissance et la production
  • protéger des maladies et ravageurs
  • éviter la concurrence des herbes
  • entretenir l’activité biologique des sols
  • améliorer la qualité des raisins

De nombreuses tâches restent  » manuelles  » car elles demandent de l’adaptation, une précision que les machines ne peuvent encore avoir. La mécanisation et l’utilisation de tracteurs (ou de robots) se développent pour remplacer peu à peu la main de l’homme.

PériodePhaseActivité manuelle
HiverDormanceTaille ; écopaturage
Février-marsPleursPliage / attachage ; réparations
Mars-avrilDébourrementBroyage sarments, réparations
AvrilPremières feuilles étaléesJardinage
MaiGrappes séparéesEbourgeonnage ; 1er palissage
mi-JuinFloraison2e palissage ; effeuillage
JuinNouaison
JuilletFermetureGrappe
AoûtVéraisonEclaircissage ; suivi de maturité
SeptembreMaturitéSuivi de maturité, tri, vendanges
AutomneAoûtementDépalissage ; semi d’engrais vert
NovembreChute FeuillesEcopaturage

Prophylaxie : Ensemble des mesures à prendre pour prévenir les maladies

Le mildiou, l’oïdium, le botrytis sont des maladies principales dans notre région. Elles peuvent se développer très vite dans un climat océanique balayé par les perturbations et des pluies fréquentes. C’est pour cela qu’elles doivent être protégées pour éviter leur prolifération dramatique pour la vigne.
Pour réduire ces risques de maladies et réduire les traitements, nos pratiques culturales visent l’aération et l’ensoleillement des grappes, réduisent l’entassement de végétation et l’humidité associée, améliorent la pénétration des produits sur les zones sensibles (cuivre, soufre).
Ce raisonnement s’applique dès la taille hivernale, en choisissant la meilleure répartition des bourgeons, puis durant le printemps avec l’ébourgeonnage, le désherbage manuel, puis le palissage, l’effeuillage en été.

Le  » jardinage  » plutôt que les traitements

Au Jardin d’Edouard, adepte de la viticulture biologique, nous passons beaucoup de temps au désherbage  » manuel  » autour des ceps ou des zones non accessibles en tracteur. Ces opérations de  » jardinage  » se déroulent au printemps et en été pour éviter à des mauvaises herbes de proliférer.

L’entretien des sols au Jardin d’Edouard 1024 683 Jardin d'Edouard

L’entretien des sols au Jardin d’Edouard

Agronomie et vie du sol

La viticulture englobe la vigne et son environnement : le terroir (roche en sous-sol), le sol (env. 30cm de profondeur) et les écosystèmes du sol et  » au-dessus « .
La Vie du sol est un univers peu connu : on dit que la faune du sol (micro-organismes, verres de terres, insectes multiples et petits mammifères) représente plusieurs tonnes par hectare ! A cela s’ajoute le monde végétal et les champignons.

La vigne s’enracine dans son terroir pour y puiser l’eau et les nutriments nécessaires à son métabolisme (croissance et reproduction). Mais ces derniers ne sont absorbables que grâce à la vie du sol : la faune, les bactéries et les champignons dégradent la matière organique (végétaux ou animaux en décomposition) en nutriments assimilables par les plantes. Pour un fonctionnent optimal, une symbiose doit s’instaurer entre le système racinaire de la vigne, les mycorhizes et le milieu sous-terrain (minéraux, aération, humidité, température).

Entretien des sols

L’entretien des sols a pour but de préserver ce système biologique complexe, tout en privilégiant la culture principale : la vigne pour produire le meilleur raisin. Sans l’intervention du vigneron, un vignoble se couvre d’herbes et d’arbustes qui vont rapidement concurrencer la vigne, jusqu’à dominer le milieu : le système évoluerait vers une prairie puis une forêt sauvage en quelques années. Il est donc indispensable de gérer cette concurrence : désherbage, arrachage des arbustes, ronces ou lierres…afin de privilégier le système viticole.

Bien avant notre conversion en Agriculture Biologique (2019), le désherbage chimique était utilisé depuis 30 ans comme dans la majorité des exploitations (Roundup ou équivalent). Nous l’avons réduit progressivement de 50%, 75% puis 100% en quelques années, nous permettant de mettre en place des pratiques alternatives et notamment le  » labour  » depuis 2013.

Enherbement ou travail du sol

L’alternative ancestrale au désherbage  » chimique  » est le labour. Au Jardin d’Edouard, nous parlons de  » travail du sol  » car la méthode classique conduit à une déstructuration en retournant des horizons profonds, ce qui perturbe la vie microbienne. Nous ne travaillons qu’en superficiel, soit à 5-10cm de profondeur maximum (contre 20-30cm traditionnellement). La pratique consiste à couper sous les racines de la végétation, et de laisser sécher au soleil ce sol retourné. De multiples outils sont nécessaires selon la structure du sol, la hauteur de végétation et l’humidité…la dernière alternative est le désherbage manuel, que nous appelons  » jardinage  » au domaine.

Selon la richesse des sols et les réserves hydriques, certains couverts végétaux peuvent être semés pour occuper le terrain, à la place des  » mauvaises herbes « . Notre tâche est alors de trouver le bon équilibre entre l’enherbement et la vigne.

Ecopâturage

L’écopâturage avec des brebis d’Ouessant a été entrepris depuis l’hiver 2019 : certaines parcelles sont désherbées en minimisant l’utilisation du tracteur.

Désherbage naturel des vignes avec des brebis d’Ouessant 300 300 Jardin d'Edouard

Désherbage naturel des vignes avec des brebis d’Ouessant

Les 3 Brebis du Jardin d’Edouard !

Le Jardin d’Edouard continue sa démarche environnementale innovante dans les vignes : 3 Brebis d’Ouessant réalisent la  » tonte naturelle  » des herbes et adventices à la place du tracteur…

La conversion en agriculture biologique

Depuis la reprise du domaine en 2013, Edouard Massart a progressivement emmené le vignoble vers la conversion en Agriculture Biologique (2018). En 2019, il poursuit ses recherches pour réduire l’impact environnemental du domaine : moins d’intrants, moins de passage tracteur, amélioration de la vie microbienne du sol. L’idée d’introduire des moutons dans les vignes a germé grâce à Florent Banctel (conseiller à la Chambre d’Agriculture de Loire Atlantique) qui met en relation Edouard et Romain Lecomte (société PÂTURES & CO, une entreprise d’éco-pâturage), qui propose des prestations d’entretien d’espaces verts grâce à des moutons d’Ouessant.

Les brebis d’Ouessant pour désherber en 2019

Le 22 février 2019, l’idée est devenue réalité sur une parcelle expérimentale de 0.70 ha où Edouard Massart produit le Cru Château-Thébaud : les sols sont travaillés mécaniquement et la végétation montre une belle diversité (paturin, ray-grass, prêle, rumex, géranium, lierre, épilobes…). 9 Brebis d’Ouessant sont introduites avant que la vigne ne reprenne son cycle végétatif. Cette race rassemble plusieurs avantages : race bretonne, rustique, vivant dehors, de petite taille. L’espèce est également protégée.
Cette première opération a été une réussite, car la parcelle a été  » tondue  » en moins de 4 semaines, avec une activité très efficace sur les vivaces, comme le lierre ou les ronces. Le premier passage de tracteur a pu être reculé de 3 à 4 semaines, ce qui est très important dans une période où l’activité viticole s’accélère en mars, puis en avril…

Poursuite de l’éco-paturage en 2020

Motivé par les bons résultats de l’année passée, Edouard décide d’acquérir 3 brebis d’Ouessant pour intégrer l’éco-pâturage à l’organisation viticole du domaine. Depuis février, elles entretiennent les sols avant les travaux de printemps, passant d’une parcelle à l’autre selon les besoins.

Crédits image : studio-mixture

Une cuvée « plus que bio » dès 2020 683 1024 Jardin d'Edouard

Une cuvée « plus que bio » dès 2020

Pour réduire notre impact environnemental

Le Jardin d’Edouard est en viticulture raisonnée depuis 2013, et nous avons conduit de nombreux essais pour réduire notre impact environnemental. Avant même notre conversion en Agriculture Biologique (en cours), nous avions réduit nos traitements de 30%, arrêté l’utilisation des produits « CMR » (les plus nocifs) et les insecticides pour préserver la faune locale, dont les abeilles. L’écopâturage (brebis) a été entrepris l’hiver dernier pour entretenir certaines parcelles à « zéro emission » (sans tracteur).

Beaucoup d’initiatives nous permettent de mieux comprendre nos sols, la faune et la flore viticole. Malgré cela, une barrière (presque une impasse) nous empêche de passer un cap important : la vigne « Vitis Vinifera ».

La vigne « Vitis Vinifera »

Cette espèce européenne, mère des cépages « nobles » cultivés dans le monde (du Chardonnay au Merlot), est sensible à des maladies dévastatrices (Phyloxéra, Mildiou, Oidium, Black Rot) qui ont été importées des Amériques au cours du XIXe siècle. Sans défense naturelle, les vignerons sont obligés de la soigner (de mai à août) parfois chaque semaine s’ils veulent récolter quelques raisins en septembre.

Une solution existe pour contourner cette impasse biologique et réduire nos traitements de 90% : les vignes « résistantes », appelées hybrides historiquement.

Les Vignes résistantes

Ce sont des croisements, initialement créés par la pépiniéristes à partir de 1870 et jusqu’après-guerre pour répondre à ces catastrophes viticoles. Les hybrideurs (Couderc, Seibel, Seyve-Villar…) ont croisés des milliers de vignes européennes, américaines, asiatiques. Après de nombreux essais, ils ont créés des dizaines de nouveaux cépages résistants aux maladie américaines.

Je passerai sur les raisons historiques et législatives qui ont empêché l’utilisation de ces cépages après les années 1940, mais l’arrivée des produits « phytosanitaires » et l’industrie associées ne sont pas étrangères à ce blocus. Heureusement, certains de ces cépages sont de nouveaux autorisés en France, après l’Allemagne, la Suisse et l’Italie. Ils ont déjà démontré leur qualité après vinification : en dégustation « à l’aveugle », on peut les comparer au Sauvignon, Chardonnay, Cabernet…

Depuis 2000, l’INRA a aussi travaillé sur le sujet pour créer leurs versions « modernes » de ces hybrides, avec une approche plus scientifique (sans être dans l’OGM).

Lire : https://www.inrae.fr/actualites/linra-obtient-linscription-au-catalogue-quatre-varietes-selectionnees-viticulture-durable

La prochaine révolution du Jardin d’Edouard

Pour mémoire, un vigneron biologique en Loire Atlantique peut devoir traiter 14 fois ses vignes (Cuivre et/ou Soufre) si la météo est défavorable (douceur et pluies). Depuis cette année, j’ai une parcelle de « Plantet », un vieil hybride rouge qui fut beaucoup cultivé dans la région : seuls 2 traitements furent nécessaires !

Je crois à cette prochaine révolution au Jardin d’Edouard : ces hybrides sont naturellement résistants aux maladies et sont capables de produire des raisins sans qu’il soit nécessaire de les traiter. Nous prévoyons d’en planter dès 2020-21, car hélas les pépiniéristes n’ont encore pas assez de plants, à cause de la législation… Pour 2020, nous proposerons notre première cuvée « plus que Bio » (le nom reste à trouver) : un rosé gourmand et fruité à base de Plantet.

Edouard Massart, Vigneron
Le 22/10/2019

Des brebis pour tondre les vignes, une de nos démarches écologique 720 455 Jardin d'Edouard

Des brebis pour tondre les vignes, une de nos démarches écologique

Nous vous en avions parlé, voici le reportage fait par les équipes de France 3 régions sur notre initiative écologique de faire appel à des brebis pour tondre nos vignes. Un pas de plus vers nos valeurs éco-responsables et dans la droite ligne de notre conversion en vignoble bio !

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